Marie-Dominique Leclerc

Lire, écrire, compter avec la Bibliothèque bleue

De la fin du XVIe siècle à la mi-XIXe siècle, ont circulé en France quantité de petits livrets connus sous le nom de Bibliothèque bleue. C’est Nicolas Oudot, imprimeur troyen du début du XVIIe siècle, qui eut l’idée de proposer à bon marché ce type d’impression. Il fut bientôt imité par ses confrères de Troyes, de Rouen, de Limoges, puis de bien d’autres villes. Mal imprimées, mais très largement diffusées, ces brochures ont pu constituer pour le plus grand nombre, une approche aisée de la culture écrite1.

Parmi les nombreux livrets qui composent le fonds de la Bibliothèque bleue2 figurent des abécédaires et des arithmétiques qui ont pu servir de support aux premiers apprentissages. Néanmoins, l'assimilation de ces ouvrages pédagogiques aux livrets bleus, si elle est communément admise aujourd'hui, ne fut peut-être pas toujours aussi manifeste par le passé. Ainsi le Catalogue des livres qui se vendent en la boutique de la Veuve de Nicolas Oudot3 fait apparaître, à côté de «Livres récréatifs, appelez communément la Bibliothèque bleue», une liste de «Livres à l'usage des Écoles» dans laquelle on trouve des livres de piété, des civilités, des alphabets et des arithmétiques. Au XVIIIe siècle, l'appellation Bibliothèque bleue semblait réservée essentiellement aux récits de fiction, romans et contes qui en constituait le fonds premier et qui lui ont assuré sa célébrité.


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Catalogue des livres qui se vendent en la boutique de la veuve de Nicolas Oudot, Paris, vers 1725.

D'autres catalogues de la même époque sont moins explicites4, et ceux du XIXe siècle ne semblent plus établir de distinction puisque s'y côtoient, dans l'ordre alphabétique ou par attribution de prix, les romans et les abécédaires, les contes et les arithmétiques5. L'assimilation devient donc potentielle, d'autant plus que la présentation matérielle des deux types d'ouvrages était en fait la même: un petit format et une médiocre qualité tant du papier que des caractères pour produire au plus bas prix. Ainsi, Henri-Jean Martin rappelle que «l'imprimeur Antoine Rafle possédait dans son atelier typographique au moment de sa mort (1698), à côté de ses deux presses, les formes composées et prêtes pour l'impression […] d'un Traité de la nouvelle orthographe, dont les types étaient ‹tout à fait usés›, un Petit traité d'arithmétique… De plus, son fonds, évalué à 2799 livres, comportait par douzaines […] des Civilités, des Cabinets d'Eloquence et Secrétaires à la mode…»6.
Or, parmi les nombreux livrets qui composent le fonds de la Bibliothèque bleue, ceux qui ont pu servir de base pour les premiers apprentissages représentent une part non négligeable. Paradoxalement, très peu d'entre eux nous sont parvenus. Lus et relus, usés à force d'usage, non estimés lors des inventaires après décès, ces livres furent traités avec si peu de soins que fort peu demeurent encore dans nos bibliothèques, alors même que les tirages atteignirent parfois plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. On peut avoir un aperçu de la place occupée par ces brochures pédagogiques dans la production des imprimeurs troyens grâce à une enquête menée en 1700 sur la situation de la librairie française. Le Bureau de la librairie7 a en effet demandé aux imprimeurs de déclarer leurs impressions en cours. On constate alors que les six confrères troyens en train d’imprimer des abécédaires sont aussi des spécialistes de la Bibliothèque bleue.

Dernier point de la problématique de base autour de ces brochures: furent-elles des livres d'école? Il s'agit là en effet d'une des interrogations fréquentes à leur sujet. Notons tout d'abord que la dénomination Livres à l'usage des écoles dans le catalogue de la Veuve de Nicolas Oudot, cité plus haut, est déjà une preuve évidente de leur destination. Un siècle plus tôt, on pouvait trouver dans un inventaire daté de 1618 et concernant la Veuve de Jean II Duruau, la mention de plusieurs petits livres pour les écoliers8 et c'est une expression similaire que l'on retrouve dans le catalogue de la Veuve de Jacques Oudot, au début du XVIIIe siècle: Alphabets de plusieurs sortes pour les enfants9. De plus, certains titres de brochures précisant par exemple pour l'instruction des enfants ou encore pour les petits enfans sont suffisamment explicites. Enfin, l'ambiguïté n'est plus possible lorsque la désignation figure en toutes lettres sur la page de titre comme dans L'Alphabet ou instruction chrétienne à l'usage des écolières de la Congrégation de Notre-Dame.


Lire et compter: des milliers de livrets bleus


Presque tous disparus aujourd'hui, les arithmétiques et, plus encore, les abécédaires furent pourtant largement répandus autrefois comme en témoignent diverses archives sur le sujet. Sur les trois siècles de production, tous les imprimeurs troyens, ou presque, ont fourni les écoles, mais aussi les colporteurs, en livrets pédagogiques. Un coup d'œil rapide sur les catalogues ou les inventaires montre non seulement la perpétuation de ces titres10, mais fait apparaître également d'impressionnants tirages. Retenons simplement quelques exemples pris au fil des siècles11. L'un des plus anciens inventaires connus concernant les imprimeurs-libraires de ce qui allait devenir la Bibliothèque bleue est celui de Claude Garnier, en 1589. Il met déjà en évidence d'intéressantes quantités puisqu'il mentionne près de 2000 abécédaires et 3400 civilités. Au début du XVIIe siècle, en 1622, l'inventaire après décès de Blaise Boutard consigne environ 7000 abécédaires. À l'autre bout du siècle, Yves Girardon, en 1683, entrepose à Reims pour la foire de la Couture, plus de 5000 abécédaires mais seulement 4 douzaines d'arithmétiques, alors que lors de son activité, on recense dans sa boutique à Troyes quelque 1200 abécédaires et 288 arithmétiques. Les imprimeurs du XVIIIe siècle semblent avoir été encore plus productifs que leurs prédécesseurs puisque l'inventaire après décès des biens de Jacques Oudot et Anne Havard, sa veuve, effectué en 1722, regroupe près de 9000 abécédaires et alphabets, plus de 2000 civilités et 18 douzaines d'arithmétiques. À la fin du siècle, les inventaires après décès des Garnier font apparaître d'incroyables stocks: celui de Jean-Antoine Garnier, en 1781, renferme quelque 114500 civilités, 4400 alphabets et des arithmétiques, tandis que celui de son frère Étienne, en 1789, comporte plus de 10000 abécédaires, un peu moins de 5000 syllabaires ainsi que 3700 arithmétiques12. Et ces chiffres, pourtant considérables, paraissent s'être maintenus au début du XIXe siècle, puisqu’Alfred Morin précise dans son Catalogue, à propos du Premier alphabet divisé par syllabes: «il existe aux archives de l'Aube (T322) de nombreuses déclarations d'impression de ce titre faites par Femme Garnier, de 1815 à 1824, pour 3000 à 4000 exemplaires chaque fois, et par Anner-André, de 1814 à 1823, par 2000 à 10000 exemplaires». Il apporte d'ailleurs la même précision au sujet des civilités pour lesquelles il y a, aux mêmes archives, des déclarations d'impression, par 2000 ou 3000 exemplaires par Femme Garnier et par Veuve André13. En 1830, lors de la cession de biens par Madame Garnier à Monsieur Baudot, des arithmétiques en rames figurent sur l'inventaire14.

S'il peut paraître normal que Troyes ait été l'un des premiers et plus importants centres d'édition vu son grand nombre d'imprimeurs-libraires dès le XVIIe siècle, le taux d'alphabétisation important de sa population, et sa densité d'implantation d'écoles15, cette ville n'eut cependant pas le privilège exclusif de la production et de la diffusion de livrets bleus pédagogiques. Elle fut suivie, avec un décalage temporel plus ou moins important, par des villes de Normandie—Rouen et Caen principalement—, mais aussi de l'est de la France—Épinal et Montbéliard essentiellement. Ainsi «à Rouen, en 1759, la boutique de Jean-François Behourt contient 20000 alphabets, 17000 civilités, 12000 catéchismes, 15000 recueils de cantiques, 33000 heures»16. Au début du XIXe siècle, le Catalogue de la Bibliothèque bleue qui se trouve chez Lecrêne-Labbey, Imprimeur-Libraire et Marchand de Papiers, rue de la Grosse Horloge, №12 à Rouen 17 fait apparaître bon nombre de livrets à usage pédagogique18 parmi lesquels nous retiendrons dans les «Sortes à 1 liv. 10 sols la Civilité française, les Éléments d'arithmétique et les Principes d'orthographe». De plus, à la fin dudit catalogue, on peut lire: «Sortes à 25 sols le cent […] ABC, dits Croix de Dieu, sur parchemin, en rouge et noir, la douzaine. La même sur papier fort, idem 9 s.». Le registre de Chalopin à Caen19 comporte pour sa part, sensiblement à la même époque, une arithmétique à 1 franc avec les quantités suivantes:
1822: 2100     1825: 5400     1826: 4100     s.d.: 3900
ainsi qu'un Cabinet d'éloquence à 30 centimes avec les stocks suivants:
s.d.: 1450     1822: 850     1825: 850     1826: 350     s.d.: 2500


Comme on peut le constater, la production touche surtout la moitié nord de la France, partie la plus anciennement alphabétisée. Cependant, Dominique Julia cite la ville de Toulouse comme susceptible de concurrencer les centres traditionnels20, ville à laquelle il conviendrait d’ajouter au moins celle de Limoges avec la dynastie des Chapoulaud. Donc, ce qui retient d'emblée l'attention, au-delà même des quantités parfois impressionnantes, c'est la permanence de ce type d'ouvrages sur les trois siècles d'édition de livrets bleus. Dès la fin du XVIe siècle, abécédaires et civilités sont tirés par centaines, voire milliers d'exemplaires, et ils le seront encore au début du XIXe siècle. Pour ne pas fausser ces données, il convient de préciser que ces milliers d'exemplaires ne concernent pas une seule et unique version mais bien des ABC, des alphabets, des abécédaires de présentation différente et au contenu variable même si, finalement, ils se ressemblent tous, au point parfois de s'identifier. D'ailleurs, la mention d'Alphabets de plusieurs sortes pour les enfans rencontrée dans le catalogue de la Veuve de Jacques Oudot le laisse entendre explicitement. On constate ensuite que les arithmétiques apparaissent moins fréquemment dans les documents que les alphabets, et qu'elles y sont présentes en moins grand nombre. Cette disparité peut s'expliquer par l'usage différent qui en est fait et sur lequel nous reviendrons. On notera enfin que même si toutes ces brochures ne sont pas à usage scolaire comme peut le laisser entendre, par exemple, la vente d’Yves Girardon à la foire de Reims, il en reste néanmoins et vraisemblablement beaucoup qui sont destinées aux écoles.


Savoir lire: abécédaires, syllabaires et civilités


Sous des titres variables—Alphabet ou Instruction chrétienne, Premier alphabet divisé par syllabes, Nouvel alphabet en français divisé en syllabes…—, tous les ABC de la Bibliothèque bleue que nous connaissons s'ouvrent sur une vignette dite «Croix de Dieu» ou «Croix de par Dieu» qui a donné son nom à ce type d'abécédaire. C'est d'ailleurs sous cette appellation qu'ils apparaissent dans le catalogue de Lecrêne-Labbey: ABC dits Croix de Dieu. Cette croix précède l'alphabet présenté en différents types et tailles de caractères: minuscules, majuscules, romains, italiques, ligatures… Suit une table de syllabes de deux lettres classées selon l'ordre alphabétique avec, en en-tête horizontalement, les cinq voyelles a, e, i, o, u et verticalement leurs combinaisons avec les consonnes de l'alphabet A, Ba, Ca, Da, Fa… Puis, sans plus de transition, on en vient aux prières habituelles imprimées en latin, alors que les titres sont en français: Oraison dominicale, Salutation angélique, Symbole des apôtres… De plus, la taille des caractères n'est pas constante au cours de l'ouvrage et l'on note en particulier un changement presque systématique à partir des «Répons de la messe» composés dans un corps plus petit.


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Alphabet et instruction pour les enfants, Caen, Théodore Chalopin, vers 1830.

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Méthode ingénieuse ou Alphabet syllabique, Limoges, Jacques Farne, vers 1780.

Ainsi que le note Dominique Julia21, «par rapport à cette structure fondamentale, les variantes que l'on peut observer entre les ABC latins des différents imprimeurs sont finalement mineures. Elles portent essentiellement sur trois éléments qui se combinent diversement selon les éditions: le jeu des caractères, le découpage des mots en syllabes, le nombre des prières proposées à la lecture des enfants. On peut y lire surtout le souci d'une progression pédagogique.» Or, sans revenir sur l'étude des mécanismes intellectuels mis en jeu dans l'apprentissage de la lecture et étudiés par ailleurs22, on peut légitimement s'interroger sur l'efficacité de cette méthode qui consiste à faire répéter aux enfants des textes auxquels ils ne comprennent rien puisqu'ils sont écrits en latin. On distingue alors l’exercice de déchiffrage des syllabes de celui de compréhension du sens. De ce fait, l'exercice de lecture s'apparente davantage à une reconnaissance, dans le livre, d'un texte appris souvent par cœur à force de répétition. Or, cette faiblesse n'est pas propre aux livrets bleus, mais à tous les livres de lecture qui leur sont contemporains.

L’usage du latin, pour apprendre à lire, est toutefois l’objet de débats pédagogiques au XVIIe siècle. Ainsi, Jacques de Batencour, auteur de L’Escole paroissiale, prône l’apprentissage par le latin; pour lui, la lecture en latin précède la lecture en français et en est le fondement. Il recommande de varier les supports pour que les enfants s’habituent à différentes sortes de typographie: d’abord des abécédaires imprimés en «lettres communes grosses et bien distinctes », ensuite des textes établis en «lettres médiocres et lisibles», et enfin «des livres latins mal imprimés comme des Psautiers, imprimés à Rouen ou à Troyes». On notera au passage le dénigrement dont est l’objet ce type d’impressions. Par ailleurs, le latin permet une prononciation uniformisée loin des particularismes des accents régionaux car, en latin, on prononce ce qui est écrit, ce qui n’est pas le cas en français. Et pourtant, peu de temps plus tard, Jean-Baptiste de la Salle adopte une position inverse en donnant la priorité à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans la langue maternelle; l’étude de la langue latine intervient plus tard et seulement si cela est nécessaire. De plus, il instaure l’apprentissage simultané en établissant des niveaux dans l’enseignement; auparavant, le maître s’occupait de l’élève de manière individuelle, pendant que les autres élèves étaient plus ou moins désœuvrés, ce qui rendait l’enseignement peu efficace et peu rentable.

Néanmoins, et avant même les préconisations de Jean-Baptiste de la Salle, des livrets de lecture en français, il y en eut au sein de la Bibliothèque bleue, ceux imprimés en caractères de civilité, imitation typographique de l’écriture manuscrite. Reproduisant une gothique cursive, ces caractères furent employés à la composition de manuels scolaires pendant plus de trois siècles, notamment pour la célèbre Civilité puérile et honnête qui, de par sa présentation, paraît s'adresser à des élèves plus avancés. En effet, cet ouvrage est imprimé en petits caractères dits de civilité, à l'exception des titres de paragraphe qui sont en caractères romains. Or, assez paradoxalement, il était fréquent de réserver ces brochures en français aux élèves possédant déjà bien leurs alphabets et textes en latin. Comment se présente cette civilité? Le titre complet en donne déjà un aperçu: La Civilité honneste pour l'instruction des enfans. En laquelle est mise au commencement la manière d'apprendre à bien lire, prononcer et écrire; de nouveau corrigée, et augmentée à la fin d'un très-beau Traité pour bien apprendre l'Orthographe. Dressée par un missionnaire. Ensemble les beaux Préceptes et Enseignemens pour instruire la Jeunesse à se bien conduire dans toutes sortes de Compagnies23. Effectivement, la brochure s'ouvre sur un certain nombre de conseils, destinés aux parents et enseignants, concernant l'éducation des enfants et le meilleur usage à faire de cette civilité. Elle se veut pédagogique puisqu'elle propose «la Manière d'apprendre aux Enfans leur A, B, C» à la moyenne de 4 lettres par jour24. Elle précise ensuite: «le septième, il faut faire réunir toutes ces lettres ensemble. Ainsi petit à petit, l'apprenti fera bien plus de progrès qu'en lui surchargeant la mémoire, en ménageant son esprit à la force de son jugement. Le maître doit montrer la leçon deux ou trois fois au disciple avant que de lui faire répéter, sans trop l'attacher à le faire deviner: car une difficulté, particulièrement à la jeunesse, peut la relâcher ou rebuter: mais au contraire, le temps, l'usage et l'expérience, la rendent capable de concevoir, ce que ne peut faire la précipitation.»


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La Civilité honnête pour l’instruction des enfants, Troyes, Casimir Charles Baudot, vers 1835.

À la suite de cet art d'enseigner qui en dit long sur les méthodes employées, figurent «Alphabet et figures de plusieurs écritures pour mieux instruire les enfans»: en capitales et minuscules, on trouve successivement les lettres romaines, italiques, celles de la civilité, puis apparaissent les voyelles, les consonnes, les syllabes et les mots d'une syllabe, les doubles lettres appelées ligatures, les «abréviatures», les lettres finales et les lettres commençantes. Enfin, un paragraphe est consacré à la ponctuation et un autre aux accents avant que ne s'ouvre la civilité proprement dite. On a donc là un panorama condensé, mais plus complet que dans la plupart des abécédaires, de tout ce qu'il faut maîtriser pour une lecture correcte de textes imprimés en caractères d'usage courant.

Quant à la civilité elle-même, c’est un manuel de savoir-vivre qui dicte les règles de conduite à adopter en société, et plus généralement dans la vie, traite des devoirs des enfants envers Dieu d'abord, les aînés ensuite et même les pairs, en passant par des sujets tels que «la manière de se moucher, cracher et éternuer sans manquer à la civilité». Il s’agit donc de maîtriser son corps, de lutter contre la spontanéité et de gouverner ses passions, et plus généralement d’intégrer ce qui est décent ou indécent en tentant de faire adopter les normes de bienséance venant de l’élite. La subdivision en chapitres d'une page à une page et demie, renforcée par des divisions artificielles ayant pour titre «Du même sujet», montre assez l'intention didactique qui sous-tend le texte; il s'agit de créer des unités de lecture relativement courtes pouvant correspondre à chaque fois à une séquence de lecture, voire à une mémorisation de la leçon. Dans les quelque 80 pages qui composent la brochure, on trouve encore, vers la fin, une table de Pythagore, une table de numération, les Quatrains de Pybrac qui couvrent une vingtaine de pages, une «explication de quelques mots anciens qui se trouvent dans les Quatrains précédents» et enfin, «Un nouveau traité d'orthographe contenant les mots qui ont une même prononciation, et diverses significations, très-utile pour apprendre à lire et à écrire correctement».

C'est donc un ensemble très complet que propose ce livret qui, là encore, amène à s'interroger sur les retombées pédagogiques d'un tel texte, d'autant plus que, si l'on note quelques variantes au fil des éditions, on ne relève pas d'évolution significative. Les éditions tardives, telles que celle que nous venons de présenter, paraissent pourtant plus complètes: en effet, dans les différents alphabets figurent non seulement les lettres capitales mais aussi les minuscules, et les Quatrains de Pybrac sont suivis de deux pages de renvois avec l'explication de quelques mots risquant d'être perçus comme trop anciens. Cependant, ces adjonctions et rectifications concernent surtout les éditions de Madame Garnier, car une édition postérieure, émanant de Veuve André Anner en 1831, reprend les quatrains tels quels en supprimant les explications qui suivaient. En revanche, dans toutes les éditions du XIXe siècle, des archaïsmes demeurent, avec des atermoiements autour de la lettre «Y», tantôt inscrite au rang des consonnes, tantôt à celui des voyelles, tantôt aux deux, tantôt enfin ni à l'un ni à l'autre alors même qu'elle apparaît dans la liste alphabétique. Parallèlement s’impriment, au XVIIIe siècle, les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne parues pour la première fois en 1702. Cet ouvrage de Jean-Baptiste de la Salle est également un manuel de savoir-vivre que le fondateur des Écoles chrétiennes avait écrit pour son institution. Il semble cependant que ce soient essentiellement les imprimeurs de Rouen qui se sont appropriés ce texte pour les éditions à grande diffusion car il n’apparaît qu’au XIXe siècle chez les imprimeurs troyens.

Au cours des siècles, l'enfant se trouve donc confronté, à peu de chose près, au même texte, avec toutes les imperfections qu'il comporte dans sa présentation, et en particulier le manque de progression puisque l'on passe directement de l'apprentissage des lettres et syllabes à la lecture d'écrits élaborés, imprimés dans un caractère qui ne nous paraît pas, de nos jours, le plus aisé à consulter25. Si les méthodes éducatives avaient évolué, le support matériel restait inchangé et les règles de conduite sociale enseignées dans les civilités du XVIIe siècle demeuraient les mêmes dans celles du XIXe siècle, comme si le comportement social s'était figé une fois pour toutes dans ces préceptes. On peut donc s'étonner, a posteriori, que les tirages de ce type de livrets aient pu être encore aussi importants dans la première moitié du XIXe siècle.


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Nouveau traité de la civilité, Nancy, Haener, vers 1780.

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Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, Chartres, Garnier-Allabre, 1820.


Savoir compter: les Arithmétiques


Comme on a pu le constater, les arithmétiques apparaissent moins fréquemment, et dans des quantités moindres que les abécédaires lors des différents inventaires. À ceci, une explication: l'apprentissage du calcul constitue la dernière étape de l'acquisition des rudiments, et une étape tardive puisqu'on ne l'aborde généralement qu'en sachant bien lire et écrire. De ce fait, elle fut donc probablement limitée à une minorité d'enfants et pouvait, de par son arrivée tardive, concerner également les adultes, d'où les titres qui insistent tous sur la facilité et la rapidité avec laquelle on peut apprendre à calculer et compter, et ceci même «sans maître» comme le précisent certains. En 1670, Nicolas II Oudot imprime une Instruction de l’arithmétique pour facilement apprendre et chiffrer et compter par la plume et par les getz tres utile à toutes gens. Avec la Manière de tailler la plume, reveue et corrigé de nouveau. La fin du titre laisse penser qu’il ne s’agit pas de la première impression de cet ouvrage qui sera encore réimprimé plusieurs fois dans le courant du XVIIIe siècle, notamment par les Garnier.

Quelques décennies auparavant, en 1735, Jean Oursel, à Rouen, propose un Abrégé ou pratique d'une nouvelle arithmétique très-intelligente pour apprendre à compter et calculer en très-peu de tems, et d'une facilité toute particulière. Par le Sieur de Barenne. En fait, cet ouvrage se réclame des célèbres Comptes faits de Barême, dont la première édition date de 1682. Un peu plus tard, à Troyes, Pierre Garnier imprime une Instruction de l'arithmétique pour apprendre facilement à bien chiffrer et compter par la plume et par le get, très utile à toutes sortes de personnes. Avec la manière de tailler la plume. On voit donc, de par ces titres, que ces ouvrages ne s'adressent pas particulièrement aux enfants mais à toute personne désirant apprendre à compter, y compris celles qui ne savent pas écrire. En effet, pour répondre à l'analphabétisme ambiant qui conditionnait dans une certaine mesure l'apprentissage des opérations les plus simples, il existait une méthode où les calculs élémentaires pouvaient se faire sans intervention de l'écriture, par l'utilisation d'un système de jetons dont la valeur varie selon la ligne où ils se trouvent et leur place sur cette ligne, ou sur des lignes intermédiaires26. Au début du XVIIIe siècle, apparaît, dans le catalogue bleu, L’Arithmétique nouvelle, dans sa véritable perfection, où l’on peut facilement, en très peu de temps, & même seul, apprendre à compter, chiffrer, & calculer, sans Maître, toutes sortes de sommes, mise dans une facilité toute particulière qui n’a point encore paru. Le prix est de deux sous. Que nous apprend ce long titre? Tout d’abord que ce livret d’une vingtaine de pages est à la portée de toutes les bourses ou presque; ensuite qu’il est également à la portée de toute personne désireuse d’apprendre l’arithmétique. Et, de fait, par rapport aux Instructions de l’arithmétique qui renfermaient jusqu’à 160 pages, les Arithmétiques nouvelles ont été extrêmement simplifiées, condensées. Si le titre n’indique pas une utilisation scolaire de l’ouvrage, en revanche les modèles de lettres d’enfants à leurs parents, que renferme la brochure, peuvent laisser penser qu’un tel usage était présupposé lors de l’impression.


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L’Arithmétique nouvelle dans sa véritable perfection, Caen, Pierre Chalopin, vers 1780.

Au XVIIIe siècle, des presses troyennes, sort également L'Arithmétique nouvelle, dans sa véritable perfection, où l'on peut facilement, en très-peu de temps, et même seul, apprendre à compter, chiffrer, et calculer, sans maître, toutes sortes de sommes, Mise dans une facilité particulière, qui n'a point encore paru 27. Cette arithmétique se clôt aussi sur quelques modèles de lettre tout comme celle de Pellerin à Épinal, en 1826, qui a pour titre L'Arithmétique nouvelle dans sa véritable perfection, où l'on peut, en très peu de temps, apprendre facilement et même seul, à compter, chiffrer et calculer sans maître, toutes sortes de sommes, mise dans une facilité toute particulière qui n'a point encore paru; suivie de l'Instruction nouvelle pour se perfectionner à compter en décimales; —Modèles de lettres missives pour instruire la jeunesse, etc. Ces lettres, en fin d'ouvrages, qui peuvent avoir trait aussi bien aux relations familiales que commerciales, sont très fréquentes dans les livrets publiés au XIXe siècle, et elles apparaissent parfois sous l'appellation générique Le Cabinet d'éloquence, du même nom qu'un autre livret de la Bibliothèque bleue, au contenu différent.

Ces quelques exemples, empruntés au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, ne doivent pas faire oublier que les arithmétiques étaient aussi, et en dépit de leur titre, une production destinée aux écoles. Ainsi, dans le Catalogue des livres qui se vendent en la boutique de la Veuve de Nicolas Oudot28 dans les «Livres à l'usage des écoles», apparaît la mention «Livres d'arithmétique, grosse et petite». Comme on a pu s'en rendre compte au travers de la description sommaire des quelques cas présentés ci-dessus, la composition de ces arithmétiques est assez variable d'un éditeur à l'autre, et il arrive qu'un même éditeur en propose plusieurs versions: outre l'exemple de l'arithmétique «grosse et petite» que nous venons de citer, on en trouve également dans le catalogue de la Veuve de Jacques Oudot 29 qui stipule L'Arithmétique à la plume et par gets et, à la ligne suivante, Autre petite arithmétique. Néanmoins, malgré cette variété de composition, toutes proposent sensiblement les mêmes éléments de base, à savoir, au minimum, un tableau des chiffres, les quatre opérations et leurs preuves, ainsi que la règle de trois. Les adjonctions en font ensuite une arithmétique plus ou moins complète, voire un ouvrage polyvalent par la présence, à la fin, de modèles de lettres. Comme pour les abécédaires et les civilités, et peut-être plus encore, l'usage et la valeur pédagogique de ces arithmétiques laissent perplexe le lecteur du XXe siècle. Tout d'abord, l'apprentissage de la numération et des tables des quatre opérations de base ne peut se faire qu'en dehors de ces livrets et au préalable puisque ceux-ci ne proposent rien, si ce n'est parfois un tableau de chiffres, sans aucune explication ni démonstration, néanmoins appelé «méthode très facile pour apprendre à bien connaître les chiffres arabes et romains»30. Mais ce qui retient surtout l'attention, c'est la difficulté que semblent avoir rencontré les auteurs pour parvenir à une progression logique dans la démonstration. Ainsi, la preuve de l'addition se fait par la soustraction alors même que cette dernière n'a pas encore été étudiée, et si jamais l'auteur veut respecter le bon déroulement comme dans cet exemple: «… nous nous servirons de la preuve par soustraction; mais pour suivre l'ordre naturel, ce ne sera qu'après avoir traité de cette dernière soustraction», il omet ensuite ce retour en arrière sur la preuve de l'addition. Plus complexe encore sont les démonstrations donnant lieu à conversions d'unités, ce qui est le cas de tous les livrets imprimés avant l'introduction des nouveaux systèmes de mesure et des nouvelles valeurs des monnaies au début du XIXe siècle31. Si l'on ouvre, par exemple, l'Abrégé ou Pratique d'une nouvelle arithmétique chez J. Oursel à Rouen32, on trouve à la page 6, au chapitre «De l'Adition», cette unique démonstration: «L'Adition est une opération en laquelle on ajoute plusieurs nombres pour sçavoir la somme totale: Exemple. Un homme me doit 123 liv. 12 s. 4 den. Un autre 456 liv. 15 s. 6 den. un autre 789 liv. 18 s. 9 deniers. Je veux sçavoir à combien tout se monte: je mets toutes mes sommes ensemble, et les nombres comme il s'ensuit.


123 liv.     12 sols     4 deniers


456     15     6


789     18     9


1370 liv.     6     7 d.     som. tot.»


Il n'y a pas d'autres précisions et il faudra attendre la page 12 pour y apprendre que la livre vaut 20 sols, et le sol 12 deniers. En admettant même que ces équivalences, d'usage sans doute courant, soient connues du lecteur, leur application fait ici appel au moins à la soustraction, voire à la division qui n'ont pas encore été étudiées; et pourtant le livret n'est pas dépourvu de toute logique puisque immédiatement en dessous, on peut lire: «or comme la preuve de l'Adition dépend de la Soustraction, il faut premièrement en parler». De ce fait, on a sans doute peine à imaginer, de nos jours, la somme de travail que représentait, pour un autodidacte, l'acquisition de la matière arithmétique à l'aide de ces petits livrets et c'était sans doute encore plus vrai pour des analphabètes. Leur cas était cependant envisagé puisque, ainsi que nous l'avons dit, il existait une méthode d'apprentissage par jetons que reproduisaient certains livrets tels l'Instruction de l'arithmétique imprimée par Pierre Garnier33 et qui indiquait en préambule: «… et pour ce afin que lesdits nombres puissions avoir quelque connoissance des choses ainsi produites et créées, nous ferons un petit traité d'Algorithme par la plume, pour ceux qui savent lire et écrire, et par les Grecs34 pour plusieurs personnes, qui ne savent lire ni écrire». Mais là encore, on se heurte à un paradoxe d'importance car comment comprendre la disposition des gets si l'on n'en a pas une pratique au moins empirique préalable et ce ne sont pas les explications, succinctes au demeurant, qui entourent les figures qui peuvent aider à la compréhension du système puisque cette partie est censée s'adresser à des analphabètes. Un tel usage du livret suppose ou une reconnaissance de figures sues et mémorisées par pratique courante ou l'aide d'une tierce personne enseignante. Or, des faiblesses dans la progression du raisonnement et dans les méthodes d'appréhension des acquisitions, on en trouverait dans la plupart des livrets; il faudrait encore y ajouter des démonstrations d'une complexité inattendue, des fautes typographiques, voire des erreurs de calcul, tout particulièrement dans les Instructions35, toutes choses qui infirment les titres de ces arithmétiques, à savoir apprendre à compter seul, en peu de temps, facilement et sans maître.


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Arithmétique_4

L’Arithmétique sans maître dans sa véritable intelligence, Limoges, Jacques Farne, vers 1760.

Arithmétique_5

Arithmétique_6

L’Arithmétique dans sa véritable intelligence, Avignon, Chaillot, vers 1810.


Savoir écrire, savoir parler: Secrétaire, Cabinet d'éloquence, Traité d'orthographe


Si la Bibliothèque bleue est loquace sur l'apprentissage de la lecture et du calcul, elle est en revanche muette sur celui de l'écriture en tant que rudiment. Il n'existe pas de livret apprenant à l'élève à tenir sa plume, à l'entretenir, à recopier des modèles de lettres de l'alphabet; tout au plus a-t-on rencontré un chapitre intitulé: «La manière de bien tailler la plume et autres secrets pour l'écriture» dans une arithmétique sortie des presses de Pierre Garnier36. Et pourtant, de tels manuels d'acquisition de l'écriture existaient bien37 mais ils ne paraissent pas avoir été intégrés dans le corpus bleu. En revanche, au-delà de ces tout premiers apprentissages consignés dans les alphabets et arithmétiques, la Bibliothèque bleue propose des prolongements sous la forme de traités d'orthographe et de secrétaires.


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Traité de la nouvelle orthographe françoise, Lélis, Goderfe, 1787.

Les traités d'orthographe sont en fait composés de listes alphabétiques d'homonymes insérés dans un exemple pour en comprendre le sens. Ainsi, dans le Nouveau traité d'orthographe contenant les mots qui ont une même pronostication et diverse signification. Très-nécessaire à la jeunesse pour apprendre à écrire correctement, imprimé à Rouen, chez Jean Oursel38, trouve-t-on, à la lettre A, ces exemples: «Abaisse cette table, abesse de couvent—Accord de procès, accors homme droit—ais de sapin, Aix en Provence…». C'est une liste sensiblement identique que l'on a déjà signalée à la fin de certaines civilités, mais elle y est plus condensée.

Les secrétaires, pour leur part, proposent des modèles de lettre pour toutes les circonstances de la vie sociale: vœux et compliments, félicitations et condoléances, et surtout déclarations d'amour. Pierre Garnier, à Troyes, obtient en 1738, la permission d'imprimer à la fois Le Secrétaire à la mode, ou méthode facile d'écrire selon le tems diverses lettres de complimens, amoureuses et morales et le Nouveau Secrétaire français ou l'art de bien écrire et dicter toutes sortes de lettres sur les sujets qui arrivent dans la société civile. Ouvrage nécessaire à toutes personnes, aux Etrangers, aux gens de la campagne, aux hommes d'affaires, à ceux qui suivent les armées, et généralement à tous ceux qui veulent écrire des lettres, sans le secours d'aucun maître. Ce dernier titre est intéressant car il indique les usagers potentiels de ce type de livret et l'on y retrouve l'idée d'autonomie déjà présente dans les arithmétiques. En 1759, Jean-Antoine Garnier reçoit pour sa part la permission d'imprimer Le Secrétaire des Dames, pour apprendre à écrire de belles lettres en langue française39. Si l'on en juge par le contenu de ce recueil, les relations épistolaires des dames étaient essentiellement constituées de billets d'amour, même si quelques autres lettres rappellent qu'elles avaient également une vie sociale.

Si l'on excepte tous ces secrétaires exclusivement consacrés à l'échange épistolaire, on peut trouver des modèles de lettres dans plusieurs autres livrets. On a vu déjà qu'il en figurait dans les arithmétiques sous forme de lettres commerciales, telles que reconnaissances de dettes ou lettres de change, mais non exclusivement puisqu'on y rencontre aussi des missives à caractère plus familial ou social. En revanche, ce sont surtout des exemples de lettres amoureuses qui figurent à la fin du Jardin d'amour, présence justifiée par le fait que ce livret, qui s'adresse aux deux sexes, propose la manière de bien courtiser l'élu(e) de son cœur. Mais au-delà de ce complément logique au contenu proposé, les lettres, plus prosaïquement, sont aussi un moyen aisé de compléter facilement un texte un peu court et de meubler des pages blanches en fin de livret, d'où leur nombre variable d'une édition à l'autre. Ajoutons enfin que la Bibliothèque bleue, c'est aussi l'art de la conversation. Bien parler s'inscrit dans des brochures au nom évocateur tel que Les Fleurs de bien dire, ou encore Les Compliments de la langue française qui présentent, tout comme Le Jardin d'amour, des modèles de conversation sous forme de dialogues. Le modèle du genre reste pourtant Le Cabinet de l'éloquence françoise présent dans la plupart des catalogues des imprimeurs troyens40. On voit donc que la Bibliothèque bleue ne négligeait pas l'art du bien dire; il faut cependant préciser que cette rhétorique est presque entièrement vouée au discours amoureux, réduit à une convention sociale stéréotypée et destinée au plus grand nombre pour qui le choix du partenaire représentait sans doute la principale affaire de la vie relationnelle.


Éloquence_1

Éloquence_2

Le Cabinet de l’éloquence françoise, Troyes, Garnier, vers 1780.


La Bibliothèque bleue: lieu d'apprentissage privilégié


Au terme de cette étude, force est de constater l'étonnante stabilité des titres et des textes chez les imprimeurs de livrets bleus du XVIIe au XIXe siècle. Dominique Julia notait «la fantastique inertie que manifestent ces premiers livrets de lecture qui perdurent sans changement jusqu'aux années 1830»41. À sa suite, on pourrait faire la même remarque à propos des civilités, et dans une moindre mesure à propos des arithmétiques42. Ajoutons que ce phénomène est d'autant plus surprenant si l'on considère les fréquentes erreurs qui entachent ces brochures. Roger Chartier et Jean Hébrard ont parlé de celles contenues dans les arithmétiques. Alfred Morin, à propos du Nouveau secrétaire français, note pour sa part que ce «secrétaire est particulièrement distrait puisque l'on peut relever, à pratiquement toutes les pages, des fautes d'orthographe, des erreurs typographiques dans le texte et dans les renvois de pagination»43. Qu'en conclure? Roger Chartier explique ainsi cet aspect paradoxal: «le livre bleu n'est pas forcément acheté pour être lu, ou du moins pour être lu dans une lecture minutieuse, précise, attentive à lettre du texte. […] Cette inutilité ne nuit pourtant pas à leur débit, comme si la possession et le maniement d'un livre considéré comme enfermant un savoir sur les nombres avait plus d'importance que son efficacité pratique»44.

Cette argumentation, qui concerne ici les arithmétiques, vaudrait sans doute aussi pour les secrétaires. Mais au-delà même de cette interrogation sur l'usage privé du livre, il conviendrait encore de s'interroger sur son maniement collectif, en milieu scolaire, et sur la pédagogie qu'il peut infléchir. Les textes inchangés des abécédaires et des civilités ont-ils conditionné une inertie pédagogique, ou bien l'évolution s'est-elle effectuée hors texte, dans l'appréhension des contenus? Faute d’éléments d’appréciation et en particulier de témoignages, il semble bien difficile de répondre à ces questions. Mais, qu'il s'agisse de la fossilisation des textes ou de leur contenu erroné, un fait demeure certain: leur remarquable succès sur près de trois siècles comme l'attestent les importants tirages jusqu'au début du XIXe siècle45. Et plus généralement, on peut estimer que nombre de livrets bleus ont pu servir de support d'enseignement; l’emploi de la méthode individuelle autorise l’hétérogénéité même du matériel scolaire. L’élève apporte son livre en classe, parfois le seul que possède la famille. Il s’agit très fréquemment d’un ouvrage religieux, mais pas toujours. Les premiers rudiments de lecture ne furent donc pas obligatoirement acquis dans les syllabaires mais bien parfois dans quel livret, c’est-à-dire dans celui qui avait été acheté et conservé. On en trouve d’ailleurs la preuve dans les marques manuscrites portées par les enfants sur leurs ouvrages. Abécédaires, civilités, arithmétiques comportent de telles marques: essais de plume, noms calligraphiés, petits dessins, opérations d’arithmétique dressées… montrent les usages que l’enfant pouvait en faire et prouvent à la fois l’utilisation et l’appropriation des brochures. Rappelons enfin, qu’au début du XVIIIe siècle, Valentin Jamerey-Duval, fils de paysan et plus tard bibliothécaire, apprit à lire dans les romans de la Bibliothèque bleue46. À ce titre, la Bibliothèque bleue peut apparaître comme un lieu privilégié d'apprentissage puisque ses livres bon marché étaient accessibles au plus grand nombre, lui offrant ainsi l'occasion d'accéder aux premiers éléments de la connaissance.


Marques_1

Écritures manuscrites et dessin in Nouvel Alphabet en français divisé par syllabes…, Troyes, Anner-André, 1845.

Marques_2

Écritures manuscrites in Nouvel Alphabet en français divisé par syllabes…, Troyes, Anner-André, 1845.

Marques_3

Écritures manuscrites et dessin in Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, Chartres, Garnier-Allabre, 1820.

Marques_4

Écritures manuscrites in Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, Chartres, Garnier-Allabre, 1820.

Marques_5

Écritures manuscrites in L’Arithmétique sans maître dans sa véritable intelligence, Limoges, Jacques Farne, vers 1760.



ANNEXE 1: Extraits de catalogues d'imprimeurs ou de libraires de la Bibliothèque bleue


Catalogue des livres qui se vendent en la Boutique de la veuve de Nicolas Oudot, Paris


Livres récréatifs appelés communément la Bibliothèque bleue:
—Le Secrétaire français
—Le Secrétaire à la mode
—Le Secrétaire de la cour
—Le Secrétaire des dames
—Les Compliments de la langue française
—Les Fleurs de bien dire
—Le Cabinet de l'éloquence française


Livres à l'usage des écoles:
—La Civilité chrétienne
—La Civilité puérile et honnête; avec les quatrains de Pybrac, et le traité de l'orthographe en lettres gothiques
—A, B, C, par syllabes, tant français que latins, couverts de parchemin
—Alphabet français, avec l'ordinaire de la messe, et autres prières en français
—Alphabet, ou A, B, C en feuillets de parchemin
—Livre d'arithmétique, grosse et petite


Catalogue des livres qui s'impriment et se vendent chez la veuve de Jacques Oudot, Troyes
—Les Quatrains du seigneur de Pybrac, du président Favre et de la vanité du monde
—La Civilité puérile et honnête
—Grand alphabet nouveau, français et latin, divisé par syllabes, pour apprendre à lire les enfants en très peu de temps
—Nouveau traité d'orthographe pour apprendre toutes sortes de personnes à écrire correctement
—L'arithmétique à la plume et par gets
—Autre petite arithmétique
—Le secrétaire à la mode
—Le secrétaire français
—Les compliments de la langue française
—Fleurs de bien dire
—Le cabinet de l'éloquence française
—Alphabets de plusieurs sortes pour les enfants


Catalogue de M. Baudot, Troyes
—Arithmétique (petite)
—Comptes de barême
—Recueil de compliments
—Secrétaire français
—Secrétaire des dames


Catalogue de Veuve André, Troyes
—Nouvel alphabet français divisé par syllabes
—Arithmétique décimale à l'usage des Ecoles Chrétiennes
—Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne


Catalogue de la Bibliothèque bleue qui se trouve chez Lecrêne-Labbey, Rouen
—Civilité française
—Éléments d'arithmétique
—Principes d'orthographe
—Quatrains de Pybrac
—Compliments de la langue française
—Cabinets d'éloquence
—Nouveau manuel épistolaire
—Secrétaire à la mode
—Secrétaire français
—Lettres à l'usage des amants
—Récréations mathématiques
—ABC, dits Croix de Dieu, sur parchemin, en rouge et noir, la douzaine
—La même, sur papier fort, idem


Registre Chalopin, Caen
—Arithmétique
—Cabinet d'éloquence


Pour une consultation plus aisée de ces documents, nous avons supprimé les abréviations et modernisé l'orthographe. On voudra bien excuser les éventuelles erreurs de transcription qui ont pu avoir lieu lors de ces opérations, du fait que nous n'avons pas travaillé sur les documents originaux.


ANNEXE 2: Extraits d'inventaires des biens d'imprimeurs-libraires ou de libraires troyens


Recherches effectuées par Michel Turquois aux Archives Départementales de l'Aube, et publiées ici avec son aimable autorisation.


Claude Garnier, 1589, imprimeur du roi
—12 douzaines d'ABC reliés parchemin
—24 douzaines d'ABC reliés en papier de 2 feuilles
—28 douzaines d'ABC reliés d'une feuille
—1400 Civilité puérile à 3 feuilles
—2000 Civilité honnête à 2 feuilles
—3200 feuilles d'ABC à femmes


Pierre Piot, 1609
—500 exemplaires de petits Alphabet reliés cuir
—2500 alphabets couverts de papier


Pierre Piot, 1625
—864 exemplaires de gros ABC
—576 exemplaires d'ABC papier couleur


Jean Duruau, 1614
—1050 exemplaires de Civilité puérile in 8° en romains 4 feuilles
—175 exemplaires de Civilité française en 5 feuilles
—2750 feuilles d'ABC romains
—1000 feuilles d'ABC en français in 16° imparfaits de la dernière feuille
—468 exemplaires d'ABC reliés en papier gloses et romains
—132 exemplaires d'ABC en cuir en gloses


Veuve Jean II Duruau, 1618
—48 exemplaires de Civilité
—Plusieurs petits livres pour les écoliers


Nicolas Lucot, 1621
—96 exemplaires d'ABC cuir
—111 exemplaires d'ABC prêts à couvrir


Blaise Boutard, 1622
—2100 exemplaires d'ABC en cicéro
—2100 ABC en glose d'une feuille et demie
—1300 ABC en français
—335 exemplaires d'ABC de Paris en 3 feuilles
—48 ABC en paragon couverts de cuir rouge
—12 exemplaires d'ABC paragon couverts de papier
—228 exemplaires d'ABC couverts de papier
—288 ABC en français couverts de papier bleu
—200 exemplaires d'ABC de glose prêts à couvrir
—252 exemplaires d'ABC en français couverts de papier


Jean Oudot, 1623
—6500 exemplaires d'ABC glose et romain
—1152 exemplaires d'ABC en latin et en français
—720 exemplaires en cuir
—1584 exemplaires de gros ABC en cuir


Noël Moreau, 1638
—14 douzaines de Civilité contenant 6 feuilles


Gabriel Laudereau, 1673
—8 douzaines de Civilité reliées en parchemin


François Jacquart, 1678
—10 rames de demi-gros Alphabet dont la demi-feuille est rouge et noir
—1 rame de gros Alphabet
—1 grosse de petits ABC
—500 Alphabet
—300 petits Alphabet
—½ rame d'Alphabet à 2 feuilles
—2 rames et demie d'Alphabet à 3 feuilles


Yves Girardon, 1683 (ouvrages entreposés à Reims pour la foire de la Couture)
—29 grosses et 3 douzaines d'ABC rouges
—4 douzaines d'arithmétique
—21 douzaines d'ABC en parchemin petits
—4 grosses d'ABC en parchemin du gros


Yves Girardon, 1686
—43 douzaines d'ABC couverts parchemin
—5 grosses d'ABC couverts de papier
—2 grosses d'Arithmétique


Yves Adenet, 1684
—7 grosses d'ABC
—ABC de 2 feuilles


Nicolas de Barry, 1711
—28 douzaines d'ABC


Jacques Oudot, 1722
—25 douzaines Alphabets par syllabes, prisés la douzaine 16 sols… 20
—30 grosses d'ABC en papier 30 sols la grosse… 45
—2 douzaines de Civilité en parchemin
—26 grosses ABC prisés la grosse 30 sols
—18 douzaines Arithmétique
—8 douzaines ABC
—1 douzaine de grosses Civilité
—40 douzaines ABC couverts de papier rouge
—163 douzaines in-12 Traité d'orthographe
—La petite et grosse Civilité


Jacquettes de Barry, 1733
—4 douzaines et demie de petits Alphabet en parchemin


Jean Garnier, 1733
—20 grosses d'ABC couverts de papier de différentes couleurs
—200 ABC non couverts
—4 rames en feuilles


Etienne Garnier, 1789
—10 douzaines de Civilité in-8°
—111 douzaines + 5 exemplaires de l'Instruction Arithmétique
—196 douzaines + 10 exemplaires d'Arithmétique
—24 grosses d'ABC de Paris
—48 grosses et demie d'ABC ordinaires
—33 douzaines et 6 exemplaires de gros syllabaires
—4000 syllabaires français
—500 syllabaires latins


  1. Parmi les synthèses sur ce sujet, le lecteur intéressé pourra se reporter à celles contenues dans les quatre volumes de l'Histoire de l'édition française, sous la direction de H.J. Martin et R. Chartier, Paris, Promodis, 1982, 1984, 1985, 1986. 

  2. Pour un répertoire de ces titres, on consultera par exemple: A. Morin, Catalogue descriptif de la Bibliothèque bleue de Troyes, Genève, Droz, 1974; ou G. Bollème, La Bible bleue, anthologie d'une littérature populaire, Paris, Flammarion, 1975. 

  3. BnF, Q.9153 et Rés. Q.971. Ce catalogue, que l'on peut approximativement dater du début du XVIIIe siècle, est reproduit intégralement dans: M. Corrard de Bréban, Recherches sur l'établissement et l'exercice de l'imprimerie à Troyes, Paris, A. Chossonnery, 1873. Il semble être le premier à faire mention explicitement de l’appellation «Bibliothèque bleue». 

  4. «Catalogue des livres qui s'impriment et se vendent chez la veuve de Jacques Oudot…», reproduit dans A. Assier, La Bibliothèque bleue depuis Jean Oudot 1er jusqu'à M. Baudot, Paris, Champion, 1874. 

  5. C'est par exemple le cas des catalogues de Baudot à Troyes (reproduit dans A. Assier, La Bibliothèque bleue…, op. cit.), de Lecrêne-Labbey à Rouen (reproduit dans R. Hélot, La Bibliothèque bleue en Normandie, Rouen, A. Lainé, 1928), ainsi que du registre de Chalopin à Caen (reproduit par A. Sauvy, «La Librairie Chalopin…», dans Orientation de recherche pour l'histoire du livre, Bulletin d'histoire moderne et contemporaine, CTHS, №11, Paris, Bibliothèque Nationale, 1978). 

  6. H.J. Martin, Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle, Genève, Droz, 1969, p. 706. Antoine Rafle (ou Rafflé) fut le correspondant parisien des imprimeurs troyens Oudot et Febvre dont il écoulait la production parallèlement à ses propres impressions. 

  7. Voir Claude Lannette-Claverie, «La librairie française en 1700», RFHL, №3, janvier–juin 1972. En annexe, on trouve la liste des impressions pour les Généralités de Limoges, Rouen, Troyes. En se limitant juste aux ABC, on voit que sont concernés les imprimeurs Jeanne Dessables, Antoine Voisin à Limoges, Pierre Chirac à Tulle, Claude Briquier à Chalons, Anne Claude Quéry à Sainte-Menehould, Jean Adenet, Claude Briden, Jacques Febvre, Pierre Garnier, Jacques Oudot, Jean Oudot à Troyes, François Pierre, Veuve Jean Oursel à Rouen… mais la plupart de tous les imprimeurs de ces trois Généralités produisent peu ou prou des livres à l’usage des écoles. 

  8. M. Turquois (†) a fourni la plupart des éléments chiffrés inclus dans le présent article. 

  9. Op. cit., voir note 4. 

  10. Nous rassemblons, en annexe à la fin de l'article, des extraits, concernant les ouvrages à vocation «pédagogique», de quelques-uns de ces catalogues d'origines diverses (catalogues imprimés, dos de couverture…). 

  11. Ces quantités, relevées par M. Turquois, aux Archives départementales de l'Aube, sont regroupées en annexe à la fin de l'article. Les chiffres cités ne sont que des approximations, les documents d'époque n'étant pas toujours explicites. 

  12. Les chiffres de l'inventaire de J.A. Garnier sont tirés de D. Julia, «Livres de classe, et usages pédagogiques», dans Histoire de l'édition française, t. 2: Le Livre triomphant, op. cit., p. 471. Il fournit pour l'inventaire d’E. Garnier, des chiffres légèrement différents des nôtres. 

  13. A. Morin, Catalogue descriptif…, op. cit., p. 368 et p. 74. Prix de vente de l’abécédaire par l’imprimeur: 3 sols la douzaine si relié de parchemin, 2 sols six deniers si relié de papier, donc un prix très modique. 

  14. 10 et 11 mains soit 5275 feuilles. Cet acte est reproduit par A. Morin, Catalogue descriptif…, op. cit., p. 492–495. 

  15. Sur ce sujet, on consultera par exemple: R. Chartier, M.M. Compère, D. Julia, L'éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Sedes, 1976. 

  16. Cité par D. Julia, dans Livres de classe et usages pédagogiques…, op. cit., p. 471. 

  17. Op. cit., voir note 5. 

  18. Le détail est fourni en annexe à la fin de l'article. 

  19. Op. cit., voir note 5. 

  20. Livres de classe et usages pédagogiques…, op. cit., p. 471. 

  21. Livres de classe et usages pédagogiques…, op. cit., p. 472. 

  22. Voir par exemple J. Hébrard, «Comment Valentin Jamerey Duval apprit-il à lire? L'autodidaxie exemplaire», dans Pratiques de la lecture, sous la direction de R. Chartier, Marseille, Paris, Rivages, 1985, et J. Hébrard, «Les nouveaux lecteurs», dans Histoire de l'édition française, t.3: Le Temps des Éditeurs, op. cit., p. 471–509. Toujours du même auteur, «Les usages scolaires de la Bibliothèque bleue», dans Les cahiers aubois d’histoire de l’éducation, №12, Troyes, CDDP, 1989. 

  23. Voir R. Jimenes, Les Caractères de civilité, Typographie et calligraphie sous l’Ancien Régime, Atelier Perousseaux, 2011. 

  24. Soit un jour avec une lettre supplémentaire, et une lettre manquante au total. 

  25. Il n'en fut peut-être pas de même au cours des siècles passés. 

  26. Histoire générale de l'enseignement et de l'éducation en France, t. 2: De Gutenberg aux Lumières, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1981, p. 454–456. 

  27. Titre variable selon les éditions, voir A. Morin, op. cit., №24 à 28. 

  28. Op. cit., voir note 3. 

  29. Op. cit., voir note 4. 

  30. Pour être exact, précisons que certaines arithmétiques s'ouvrent néanmoins sur quelques succinctes explications précisant le rôle joué par le zéro dans le système décimal. 

  31. Encore que l'introduction de nouvelles unités entraîne l'apparition de nouvelles rubriques, comme «Prix que doit valoir le Mètre d'après celui de l'aune» dans un livret de 1821. 

  32. Op. cit., voir note 30. 

  33. Op. cit., voir note 31. 

  34. Vraisemblablement une erreur typographique sur les «Grecs» qui sont en fait les «Gets», ainsi qu'il est correctement imprimé à l'intérieur du livret. 

  35. Sur ce problème, on consultera par exemple R. Chartier, «Livres bleus et lectures populaires», dans Histoire de l'édition française, t. 2: Le livre triomphant, op. cit., p. 506, et J. Hébrard, «Le crépuscule de la Bibliothèque bleue», dans Histoire de l'édition française, t.3: Le temps des éditeurs, op. cit., p. 456–457. 

  36. Op. cit., voir note 33. 

  37. Voir par exemple Histoire générale de l'enseignement…, op. cit., t. 2, p. 446 et suivantes. 

  38. Les erreurs du titre ont été corrigées à l'intérieur du livret où l'on peut lire: «qui ont une même prononciation et diverses significations». 

  39. Notons au passage que ce titre figurait déjà au catalogue de la veuve de Nicolas Oudot et qu'il se trouve toujours, au début du XIXe siècle, au catalogue de Baudot. 

  40. Selon A. Morin, op. cit., p. 49, ce titre a été édité par Nicolas Oudot, la veuve de Nicolas Oudot, Y. Girardon, la veuve de Jacques Oudot, Garnier, Baudot. 

  41. D. Julia, Livres de classe et usages pédagogiques…, op. cit., p. 473. 

  42. Certaines d'entre elles furent en effet «mises à jour» lors de l'apparition de nouvelles unités de mesures, ainsi que nous l'avons signalé plus haut. 

  43. A. Morin, op. cit., p. 335.  

  44. R. Chartier, Livres bleus et lectures populaires, op. cit., p. 506. 

  45. À ce sujet, on rappellera que si le premier public visé est bien celui de la «jeunesse» comme il est indiqué dans les titres des livrets, il n’est néanmoins pas le seul; l’idée est aussi d’apprendre «seul», «sans maître», quel que soit l’âge. Cela diversifie évidemment les acheteurs potentiels. 

  46. V. Jamerey-Duval, Mémoires. Enfance et éducation d’un paysan au XVIIIe siècle, présentés par J.M. Goulemot, Paris, Le Sycomore, 1981. 

Published on <o> future <o>, July 2, 2018.

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[CC BY-NC-ND](https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/)

Ce texte fait partie d'un ensemble en cours d'élaboration, publié à l'initiative de Jérôme Dupeyrat et Laurent Sfar en écho à «La Bibliothèque grise». Constituée depuis 2015, cette «Bibliothèque» est un ensemble de ressources—livres, images et objets—à l’origine d’éditions, de films et d’expositions qui visent à explorer les pratiques, les espaces et les objets à travers lesquels sont transmis connaissances et savoirs. En s'intéressant notamment au champ de la pédagogie et à l'histoire du livre, «La Bibliothèque grise» s'applique à révéler la nature esthétique de certains processus de transmission et leur rôle dans la construction des individus.